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Par Patricia Cravero *, journaliste spécialisée sur les questions de genre à « La Voz del Interior », Córdoba, Argentine.

Après des dizaines d’années et beaucoup de tentatives pour introduire le sujet dans l’agenda politique, l’Assemblée Nationale argentine a enfin adopté en première lecture un projet de loi légalisant l’IVG. C’est un moment historique, résultat de la lutte féministe. Que l’Argentine soit en train de discuter la loi d’avortement légal, sûr et gratuit est une conquête des femmes et de la puissance que le féminisme argentin a gagné par le biais du mouvement Ni Una Menos (Pas Une De Moins), mobilisé contre les violences faites aux femmes.

Aujourd’hui, les IVG ne sont autorisées qu’en cas de viol ou de danger pour la vie ou la santé de la femme. Cependant, même ces avortements légaux ne sont pas garantis. L’accès à l’avortement est la grande dette de la démocratie argentine envers les femmes, dans un pays qui a déjà la loi du mariage pour tous depuis 2010 et la loi qui garantit l’identité de genre pour les personnes trans.

Ces derniers mois, le sujet de l’avortement s’est installé avec force dans la société argentine. Cela a cessé d’être un tabou. La mobilisation des femmes, notamment les plus jeunes, s’est intensifiée pour demander l’IVG. Le jour du débat, des milliers de femmes ont attendu le résultat du vote devant le Parlement, et cela pendant 22 heures. Cette mobilisation a été décisive, même les députés l’ont reconnu. Maintenant, la loi doit passer devant le Sénat, une chambre plus conservatrice que l’Assemblée, et on peut s’attendre à une intensification des pressions de la part de l’Eglise catholique lors des prochains jours. Le pape Francisco illustre bien cela lorsqu’il a comparé l’avortement avec les crimes nazis deux jours après l’approbation de la loi.

Le slogan de la campagne pour l’IVG en Argentine est : « Éducation sexuelle pour décider, contraceptifs pour ne pas avorter, avortement légal pour ne pas mourir ». Dans un pays où 43 femmes meurent chaque année à cause d’avortements clandestins, première cause de mortalité maternelle, il s’agit de savoir si les politiques vont laisser les avortements meurtriers et clandestins, ou s’ils vont garantir la vie et la santé des femmes qui décident d’avorter. Pour le moment, les argentines ont gagné deux batailles décisives : l’une à l’Assemblée Nationale et l’autre dans les rues. Elles sont en train d’écrire l’histoire de leur pays.

Prochaine étape : le 8 août, débat au Sénat

 

* Patricia Cravero est intervenue à la MDF Bordeaux, le 31 mai 2018, dans le cadre d’une rencontre – débat : « Ni Una Menos : le cri des femmes dans les rues d’Argentine ».